« Une tentative d'initiative citoyenne européenne | Page d'accueil | Quand l'esprit manque au Traité... »

03 décembre 2007

L’€URO: un ATOUT et une FORCE pour la FRANCE et l'EUROPE malgré les DIFFICULTES

Chers amis,
Je vous recommande de lire attentivement la contribution ci-jointe d'Olivier Barthalon. Il prend le temps de nous expliquer l'EURO et nous immunise contre les attaques démagogiques en règle de certains de nos politiques (et pas des moindres... ).
Valérie Sachs

"L’euro une monnaie encore assez jeune; c’est une réussite qu’il faut transformer sur le long terme."


PLAN
• I- L’UE-27 est la première économie mondiale, favorisée par un
environnement dynamique

• II- L’euro, une histoire difficile et un développement long mais
irrésistible

• III- Une monnaie stable qui devient monnaie de réserve

• IV- Grâce à l’euro, l’Europe (re)devient leader sur le marché financier

• V- Des conséquences très favorables pour l’Europe et la France,
malgré des difficultés

• VI- Des idées fausses trop souvent diffusées, des suggestions
et une erreur de communication

+ + +


I-a) L’Union Européenne: Numéro 1

• L’Union Européenne à 27 est devenue la première économie du monde (avec progressivement une intégration plus poussée de ses membres). Cette intégration est grandement facilitée par l’existence d’une monnaie commune et d’un environnement dynamique au Sud et à l’Est, parallèlement au mini traité institutionnel (trop atténué ?) prévu pour 2009.

. Une taille prépondérante :

- Un PIB en 2007 de 11 900 Md€ (10 200 Md€ pour les États-unis)

- 43% du commerce mondial (la zone euro a toujours été en excédent commercial, contrairement aux États-unis, en forts déficits chroniques).

- 500 millions d’habitants (dont 320 millions d’habitants pour la zone euro)

- Un marché financier européen redevenu leader


Nota : L’UE-27 est de plus en plus intégrée. Quand on fait des comparaisons économiques internationales avec les pays continents (Chine, Inde, Etats-Unis, Russie, …), il est désormais plus correct de les mesurer avec l’U.E. Par exemple, la Chine n’est pas le 3ème constructeur mondial d’automobile devant l’Allemagne, mais le 4ème derrière l’UE, les Etats-Unis et le Japon.


I-b) Une forte stabilité monétaire

- Les dévaluations intra européennes sont devenues quasiment impossibles depuis 1995.

- Une stabilité monétaire rarement connue en Europe au 20ème siècle et depuis l’empire romain, malgré des tentatives au 19ème siècle:

. Union monétaire scandinave, Fédération allemande et £ivre Sterling (Commonwealth)

. Et surtout l’Union monétaire latine (ou Union latine) autour du principe du franc germinal de 1865 -1914, embryon d’un système monétaire international qui a regroupé jusqu’à 32 pays (mais chaque pays a gardé le nom de sa monnaie):

- 6 signataires: France, Belgique, Italie, Suisse, Luxembourg, Grèce

- 11 associés: dont Autriche-Hongrie, Russie, Espagne, Roumanie, Suède, Finlande

- 10 alignés: dont Serbie, Bulgarie, Venezuela, Pérou, Argentine, Brésil, Chili

- 5 sous statut colonial: dont Tunisie et Congo (sans compter les colonies françaises).

Cette Union latine qui reposait sur un pari risqué d’invariance du prix relatif de l’or et de l’argent n’a pas résisté au temps (évolution vers le monométallisme or avec une quantité de métal devenue progressivement insuffisante et première guerre mondiale).


I-c) Un environnement dynamique :

• La zone euro est favorisée par des voisins dynamiques (un ensemble de 1 100 millions d’habitants):

• A l’Est: de 1997 à2005, l’ensemble des 12 pays nouveaux de l’UE + 5 pays des Balkans + CEI (ex URSS) a connu une croissance économique en valeur absolue supérieure à celle de la Chine (Doublement du PIB).Dans un avenir prévisible (10 ans), le PIB de ces pays devrait encore doubler pour se rapprocher du standard de l’U.E.
- Comme leurs économies sont devenues plus performantes, leurs monnaies se sont valorisées.

- La zone euro y exporte plus qu’aux États-unis depuis 2005.

• Au Sud: le dynamisme des pays méditerranéens (Afrique du Nord et Turquie) à la démographie encore importante. Ces pays sont en phase de décollage économique.


II-a) L’origine de l’€URO

• a) Une intégration européenne qui stagne:

En 1969, le plan WERNER propose une intégration monétaire plus poussée, mais on assiste à un échec:

- 15 août 1971: le dollar n’est plus convertible par rapport à l’or et flotte à partir du 1er mars 1973 (difficultés de financer la guerre du Vietnam).

- Des ajustements monétaires réguliers (1969, 75, 81, 83, 86, 93, 95) qui désorganisent le commerce intra européen. Les dévaluations compétitives favorisent les politiques laxistes et pénalisent les rigoureuses. Cependant, ceux qui sont devenus les plus riches sont ceux qui ont eu une monnaie qui s’est réévaluée.

- Des artifices (Ex: les montants compensatoires agricoles)

Rôle important de Raymond BARRE, Jacques DELORS, Helmut SCHMITT, Helmut KOHL, …


. b) Des tentatives infructueuses:

- Le système du serpent monétaire qui s’est avéré instable et problématique. Institué en 1972 par les accords de Bâle, il limite la variation des monnaies européennes (dont le cours est fixé par rapport au dollar) à+/-2,25%. Mais il ne résistera pas aux sorties de la £ivre et de la Lire et au choc pétrolier de 1973.

- Les autorités politiques poussent à l’intégration monétaire par la création du SME (système monétaire européen) en 1978 qui institue:

. Une unité de compte commune, l’écu dont la valeur varie en fonction d’un panier de monnaies européennes (1ère fois),

. Un mécanisme de stabilisation de change intra européen.


• c & d) Mais un historique mouvementé, pavé d’avancées et de reculs:

- Années 1980: On assiste en Europe à de nombreuses dévaluations (pays laxistes: Italie, France, Belgique et Espagne) ou réévaluations (pays rigoureux: Allemagne, Pays-Bas)

- 1990: Accord Mitterrand / Kohl: Oui à la réunification de l’Allemagne contre l’institution d’une monnaie commune, pour l’ancrer dans l’Union Européenne.

- 1992 - Marché Unique: libre circulation des marchandises et des capitaux (et des hommes) à l’intérieur de l’U.E.


– 7 février 1992: signature du Traité de Maastricht approuvé par referendum en France le 20 septembre 1992, juste après la sortie de la £ivre (mauvais souvenir anglais) et de la Lire du mécanisme de change.

– Les critères de convergence sont arrêtés

– 6 mars 1995: dernières dévaluations en Europe

– Le choix du nom: de l’ECU à l’€URO (Madrid, décembre 1995)

– Les 11 pays fondateurs (réunissant l’Europe germanique et latine)

– Une stabilité de change de fait pendant plusieurs années

– Juin 1998: parités de change quasiment fixées

–1er janvier 1999: Création de l’€URO, notamment sur le marché financier; les monnaies nationales sont des subdivisions (taux de conversion à6 chiffres).

– 1er janvier 2002: introduction de l’euro fiduciaire: pièces et monnaies

Conclusion: L’euro a bientôt 10 ans: sa mise en place a demandé des efforts importants et une grande persévérance depuis 40 ans


II-e) L’élargissement de la zone euro :

• Objectifs atteints: Pour les 13 membres (les 11 d’origine + Grèce en 2001 + Slovénie en 2007), une zone d’harmonisation des taux d’inflation et des taux d’intérêt à court et à long terme vers le bas (depuis le 19ème siècle, ces taux n’ont jamais été aussi bas).

• Chypre et Malte vont rejoindre la zone euro le 1er janvier 2008

• Slovaquie: le 1er janvier 2009 probablement

• Tchéquie (Nationalisme) et les 3 pays baltes (Inflation): date?

• Pologne (2012 ?) et Hongrie (ajustements) ont pris du retard

• Roumanie (Leu réévalué) et Bulgarie (Lev stable depuis 10 ans) doivent adapter leurs économies

• Danemark (referendum ?) et Suède: faible volatilité de leur monnaie par rapport à l’euro

• Royaume-Uni: isolement, mais serpent monétaire / stabilité de change de +/- 3% autour de 1 € = 0,685 £ depuis 5 ans, mais sortie en nov. 2007 : pic jusqu’à 0,7216 £.

• Norvège, Suisse et Islande: futurs candidats à l’UE ?

NOTA: L’adhésion à l’UE vaut adhésion à la zone euro (si et au moment où l’économie du pays est jugée adaptée). Les membres de l’UE sont tous actionnaires de la BCE.


III-a) L’€URO s’impose progressivement: une monnaie stable :

• L’euro est la monnaie de 36 pays dans le monde dont 15 en UE (sur 27).

• L’euro est déjà la monnaie du Monténégro et du Kosovo. Il est la référence incontournable en Europe pour les 12 autres pays de l’UE + Balkans + Europe de l’Est (dont Russie) + Turquie + Caucase.

• 19 pays africains & pacifiques: leurs monnaies sont fixes vis-à-vis de l’euro (Franc CFA et autres)

Stabilité de change avec:

• D’autres grands pays de l’OCDE: Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Israël, Corée (+/-),
• D’autres grands pays: Chine, Inde, Brésil, Colombie, Nigeria (+/-)
• Afrique du Nord (Maroc) et autres pays africains (Madagascar)
• Asie de l’Est: Philippines, Thaïlande, Singapour
• Moyen Orient: risque du décrochage du dollar (La Tribune, sept 2007)

CONCLUSION: près de 70 pays ont une monnaie qui fluctue peu avec l’euro (moins de 3% selon les cours moyens de 2007 par rapport à 2006). Ils représentent les 2/3 de l’humanité (habitants de la planète) et les 2/3 du PIB mondial.


III-b) L’€URO: une monnaie « faible » ou stable en Europe :

• Pays / Cours moyens: 2003 2007 (9 mois) Variation de l’euro

- Royaume Uni GBP 0,6936 0,6750* -2,7%
- Suisse (exception) CHF 1,5212 1,6373 +7,6%

- Norvège NOK 8,050 8,0633* +0,16%
- Suède SEK 9,1450 9,2367 +1,0%

- Pologne PLN 4,4412 3,8247 -13,9%
- Tchéquie CZK 31,901 28,076 -12,0%

- Russie RUB 34,888 34,780 + 0,3%
- Roumanie ROL/RON 3,7802 3,2988 -14,6%

- Turquie (dévaluation) TRL 1,7026 1,8070* + 5,8%
*au 30 sept. 07: 1€= respectivement 0,6973 GBP ; 7,69 NOK et 1,728 TRL

III-c) L’€URO: monnaie stable et de réserve :

- Indice global BCE (indice moyen du cours des devises des 25 pays commerçant le plus avec la zone euro): 102 (avril 2007, en hausse fin 2007) contre 100 en 1999.

- Part de l’euro comme monnaie de réserve des banques centrales:

• Fin 2003: €: 20% ($: 64%)
• Septembre 2006: €: 25% ($: 66%)
• Septembre 2007: €: 28% ? ($: 59% ?)

- Part de l’euro dans les créances liquides et exigibles internationales privées (8 fois le volume des réserves de change): 39% (USD: 43%) en septembre 2006.

Alan Greenspan a écrit: «Il est possible que l’euro remplace le dollar comme première monnaie de réserve mondiale» (livre publié en septembre 2007).


III-d) L’ €URO: monnaie de référence utilisée dans de nombreux paniers de devises :

• Russie: (286 Md€ de Réserves de change) La banque centrale a décidé de faire varier le cours du rouble en fonction d’un panier de devises servant de point d’ancrage dont l’euro représente 40%. Justification: 70% du commerce russe est réalisé avec la zone euro ou avec des pays dont la monnaie stable vis-à-vis de l’euro.

• Chine: (1 001 Md€ de Réserves de change) La part de l’euro dans les fluctuations du Yuan serait de 25%? Les fluctuations du Yuan / € sont de +/-5% autour d’un pivot de 1€= 10,3 Yuans depuis 4 ans, mais pic en novembre 2007 jusqu ‘à 10,98 Yuan.

Le décrochage du Yuan par rapport au dollar depuis juin 2005 a entraîné une variation de 10,5% entre ces devises (de 1$= 8,29 Yuans à 1$=7,39 Yuans en novembre 2007).

• Certains autres pays méditerranéens ou africains (Maroc, Tunisie, Israël (l’euro compte pour 28% du panier), les Séchelles (38%), le Botswana et les Vanuatu).

• Pays du Golfe Persique: La part de l’euro dans les réserves dépasse 20%; l’Arabie Saoudite et 5 autres pays envisagent de créer une monnaie commune liée à un panier de monnaies, dont l’euro.

• Iran, Syrie et Corée du Nord: Abandon de la référence par rapport au dollar pour des raisons politiques, d’où l’utilisation de l’euro.






III-e) Stabilité de l’€URO par rapport aux monnaies des pays émergents :

• Pays / Cours moyens: 2004 2007 (9 mois) Variation de l’euro

- Chine CNY 10,343 10,306 - 0,36%
- Inde INR 56,459 56,407 - 0,1%

- Thaïlande THB 50,306 49,997 - 0,61%

- Brésil BRL 3,6411 2,6904 - 26,1%
- Colombie COP 3 259 2 814 - 13,7%

- Mexique MXN 14,129 14,728 + 4,2%

- Maroc MAD 11,067 11,189 + 1,1%
- Nigeria NGN 166,46 171,35 + 2,9%

- Égypte EGP 7,7372 7,6422 - 1,7%

NOTA: États-unis USD 1,2439 1,3448 + 8,1%



IV-a) Sur les marchés financiers mondiaux :

- BNP Paribas publie une étude en février 2005. Il en ressort qu’en 2004 les émissions nettes de titres internationaux (dettes) en euro ont atteint la proportion de 60% contre 24% pour le dollar.

En conséquence, la part des encours de titres internationaux en euros s’élèvent à 45% fin 2004 (39% pour le dollar - statistiques influencées par les cours de change, mais la tendance est confirmée en octobre 2007 dans une conférence donnée par M. Jacques de Larosière chez BNP Paribas).

- Titrisation des créances, notamment immobilières dont les dites « subprime » aux Etats-unis : cette crise porte un coup très dur à cette technique récente qui facilite le refinancement de crédits. Ce sont surtout les marchés financiers des Etats-Unis et de Grande-Bretagne qui sont affectés, avec une forte baisse des encours.
Par contre, en dehors de certaines banques et OPCVM qui ont fait des placements dans de tels titres, le marché du crédit immobilier de la zone euro est peu touché. Peu d’établissements bancaires et financiers y utilisent ce type de refinancement.
Cependant, les emprunteurs à taux variables pour leur logement les moins riches sont particulièrement touchés par cette hausse de taux, mais moins dans l’UE :
- en Europe, la BCE a augmenté ses taux de 2 points (de 2% à 4%), la hausse des taux variables (10% des emprunts immobiliers, mais 18% des nouveaux emprunts 2007) étant souvent plafonnée ou « capée ».
- aux Etats-unis, la FED les a accru de 4,25 points (de 1% à 5,25%) ; la proportion des emprunteurs à taux variable étant plus forte, les taux y sont moins souvent plafonnés et on a assisté à beaucoup de ventes forcées, la protection des consommateurs y étant plus faible.

- Taux d’intérêt: Depuis 2004, les taux d’intérêt à Long Terme sont plus faibles en euros qu’en dollars. Il en est de même pour ceux à Court Terme (depuis que la Fed a remonté plus fortement ses taux que la BCE).
On a vu également une moindre volatilité des taux d’intérêt en euros.

- Les entreprises européennes prennent leur place: 46 parmi les 100 premières mondiales (Les Échos nov. 2004). Les totalisations européennes sont cependant rarement effectuées dans ce type d’études. En conséquence, la perception des données économiques européennes, et dans ce cas la taille des entreprises européennes, est trop souvent sous-évaluée dans les médias.

Par ailleurs, parmi les 14 plus grandes banques mondiales, 6 sont européennes (dont 2 italiennes, 1 française, 1 suisse, 1 britannique et 1 espagnole), 4 sont des Etats-Unis, 3 chinoises et 1 japonaise (source : Les Echos du 28 novembre 2007).

- Fusions-acquisitions dans le monde : pour les 10 premiers mois de 2007 et pour la première fois, l’Europe est en tête avec 38,7% des 2 684 Md€ de transactions mondiales (38,5% pour les Etats-unis), selon Thomson Financial.


IV-b) Marchés financiers mondiaux: les actions :

- «Pour la 1ère fois depuis 1914, début de la première guerre mondiale, la capitalisation des Bourses européennes, y compris de la nouvelle Europe et de la Russie, a dépassé celle des Etats-Unis (11 769 Md€ à la fin mars 2007 contre 11.709 Md€», au cours de 1€= 1,3357$, selon une étude de Thomson Financial citée par le Financial Times et Le Monde du 4 avril 2007).

«Cette information illustre la perte de vitesse des marchés des États-unis, pénalisés par la hausse de la monnaie européenne, la montée des places de l’Europe de l’Est, mais aussi par le retrait de la cote d’entreprises fuyant la réglementation après le scandale Enron et jugée trop coercitive.»

- En octobre 2007, la capitalisation totale des Bourses (actions) dans les 27 pays de l’UE est de l’ordre de 11 000 Md€ (soit une valeur équivalente à celles des États-unis, avec 1€= 1,43$)

- Cependant, le rapport capitalisation / PIB reste encore favorable aux États-unis, ce qui est tout à fait logique pour des raisons historiques (guerres, communisme).

- Contrôle et protection du capital des entreprises européennes : Afin de protéger nos entreprises stratégiques (Airbus, nucléaire, …), ne serait-il pas nécessaire que l’on institue des actions spécifiques (limitant le pouvoir des intrus non européens) et une institution financière (« petite CDC ») européenne ?
Il est rappelé qu’une loi aux Etats-Unis interdit à tout étranger de détenir plus de 50% d’une bourse du pays. Résultat : la bourse de New-York n’a pu être achetée par des européens et la bourse paneuropéenne EURONEXT est finalement devenue sa filiale à 100%. Il faut donc aussi exiger la réciprocité des Lois.




V-a) Conséquences en Europe :

• Des taux d’intérêt plus faibles ont favorisé un plus grand dynamisme économique en Europe (la zone euro croît plus vite que les États-unis pour les trois années: 2006 (2,9% / 2,8%), 2007 (2,6% / 1,9%) et 2008 (1,7% / 1,3%), source: BNP Paribas)

• Un chômage plus faible en zone euro (6,9%) malgré le score médiocre français (8,6%) selon Eurostat.

• Un enrichissement (Salaires & Patrimoines) plus élevé des européens: l’hebdomadaire «Time» évoque un salaire plus élevé de 40% en zone euro qu’en zone dollar, depuis que la parité1€=1$ n’existe plus. Dans une économie ouverte, cela permet aux européens d’acheter moins cher.

• Exportations vers la zone dollar rendues plus difficiles et existence d’une plus forte concurrence sur tous les marchés (atténuée par la stabilité des monnaies de nombreux pays émergents)


V-b) Conséquences en Europe (2) :

• Des déficits et un endettement publics plus raisonnables (critères de convergence). Ils s’élèvent à:

Années Déficits Endettement Public
zone €/ U.E. zone €/ U.E.

2005 2,5% 2,4% 70.3% 62,7%
2006 1,5% 1,6% 68,8% 61,4%
2007 (estimé) 1,0% 66,9%
2008 (prévu) 0,8% 65,0%

Nota: Un déficit de 3% du PIB correspond environ à un excédent des dépenses de 20 % sur les recettes. Cela n’est pas tenable à terme.


• La limitation des déficits permet une baisse de l’endettement, une diminution de son coût et donc à terme des impôts. Les taux d’intérêt ont aussi tendance à baisser car le marché est moins sollicité.

• L’endettement public des pays de l’Europe de l’Est et du Royaume Uni est plus faible.


V-c) Conséquences en Europe (3) :

• Vers une plus grande utilisation de l’euro comme devise de facturation des exportations (seulement 60% actuellement pour la zone euro). La France est à ce titre le plus mauvais élève, malgré sa présence historique en Afrique du Nord et dans les zones Francs CFA/CFP.

• Ainsi, le taux d’utilisation de l’euro pour les exportations croît et atteint en 2004, 83% pour la Hongrie, 69% en Pologne, 66% en Roumanie mais 23% en Grande Bretagne. Et aussi: Tunisie (55%), Turquie et Maroc (49%)…

• L’euro est ainsi devenu la monnaie d’échanges la plus utilisée dans toute l’Europe et dans le bassin méditerranéen, favorisée par la multiplication des transactions à l’intérieur de cet ensemble.

• Dans le monde, l’utilisation de notre monnaie est également favorisée par:

- les échanges touristiques, où l’euro, avec un fort capital de confiance, est de plus en plus utilisé à l’extérieur de la zone, parfois en remplacement du dollar.

- les transferts des migrants (y compris en Afrique). Ces derniers dépassent actuellement 200 Md€ par an pour le monde entier. Une part importante de ceux-ci provient de l’Europe et favorise fortement la diffusion de la monnaie fiduciaire en euros (pièces et billets) qui est assez souvent utilisée pour de tels transferts.


V-d) Conséquences en Europe (4) :

• Pourquoi les entreprises européennes ne facturent elles pas plus en euro? Les habitudes sont à changer dans les secteurs aériens (Air France achète ses avions à Airbus en dollars), énergies (hydrocarbures russes), et autres …

Ce serait l’intérêt d’Air France d’équilibrer ses dépenses par rapport à ses recettes en euros de même que celui d’Airbus (même devise). Ne serait-il pas nécessaire de prendre comme mesure de sauvegarde d’Airbus (avec la baisse du dollar), l’obligation pour les compagnies aériennes européennes d’acheter leurs avions en euros ?

. Il est indéniable que le dollar reste encore la première devise du marché de change international et à ce titre la plus utilisée par les grands groupes multinationaux. Cela va-t-il durer? Ce n’est déjà plus le cas en Europe !

. De façon plus large, il serait utile de négocier avec les pays BRIC (sommets UE avec ces pays continents), l’utilisation de nos devises communes comme monnaies d’échange (Euro, Réal, Rouble, Roupie et Yuan). Pourquoi ne pas acheter le pétrole russe en euro ou en rouble russe et leur vendre des Airbus dans les 2 mêmes monnaies ?

• Le SEPA, système européen de paiements (Virements: 28/1/08, prélèvements: fin 2009 et toutes cartes bancaires) sera opérationnel à partir de 2008 (soit 9 ans après l’arrivée de l’euro), la migration se terminant en 2012. Cela va permettre de:

- transférer des fonds plus facilement dans toute l’Europe (31 pays : U.E-27 + 4 pays : Suisse, Norvège, Islande, Liechtenstein). Les autres pays européens (Balkans et pourquoi pas les autres pays méditerranéens et de la zone Franc CFA à terme?) devraient progressivement s’y joindre.

- pousser à une intégration de plus en plus forte de l’Europe bancaire, malgré des spécificités nationales encore trop nombreuses,

- favoriser «l’industrie bancaire» en lui permettant progressivement d’amortir ses investissements (systèmes d’information très coûteux) sur une plus grande échelle (standardisation) et de diminuer ainsi la facturation aux clients.



V-e) Conséquences pour l’Europe (5) :

• La détention des euros par les non-résidents devrait atteindre aujourd’hui 12% à 15% de la masse monétaire (10% en 2004), soit à ce jour de l’ordre:

- 80 Md€ détenus en billets et pièces (sur les 642 Md€ émis – selon la BCE en octobre 2007 sur « www. ecb.int »),

- 90 Md€ détenus dans des comptes bancaires.

• L’euro est devenu la monnaie d’épargne pour de nombreux non-résidents, notamment situés au Moyen-Orient.

• La croissance excessive de la masse monétaire (supérieure à 11% depuis plusieurs mois) - qui inquiète la BCE - provient en grande partie des dépôts de ces non-résidents. Ceux-ci peuvent accroître les risques d’inflation.
A noter cependant que la force de l’euro permet de limiter les tensions inflationnistes internes et donc d’éviter aux européens une partie des hausses de taux d’intérêt préventives.


V-f) Conséquences pour l’Europe (6) :

• L’Europe a réussi le pari difficile de reconquérir pour la première fois depuis 1940 une place majeure sur la scène monétaire internationale.

• C’est le juste retour de son poids économique: en 2007, l’Union Européenne (500 millions d’habitants) représente 25% du PIB mondiale (Etats-unis: 20% et Chine: 18% en parité de pouvoir d’achat PPA).

• Vers un monde multipolaire monétaire autour des pôles suivants: Europe, États-unis, Chine, Inde, Brésil, Golfe Persique, … favorisés par les échanges intra régionaux, autour d’une monnaie régionale commune.


V-g) Conséquences pour la France et les français

• Des taux d’intérêt plus bas et plus stables,

• Des échanges extérieurs favorisés avec ses voisins directs,

• 2,2 millions d’emplois créés en France depuis la naissance de l’euro et 18 millions dans la zone euro,

• Une plus forte concurrence intra européenne et en France poussant à la performance économique et à la rigueur,

• Des politiques laxistes, démagogiques ou populistes plus difficiles à mettre en oeuvre: les politiciens promettant des miracles sont heureusement limités dans leurs actions ;

• Une épargne favorisée et protégée,

• Les investissements à long terme facilités aussi bien en France que dans toute la zone Europe et Méditerranée (favorisant les exportations par l’intermédiaire des entreprises concernées).


V-h) Conséquences pour la France

• Un développement économique plus stable, moins soumis aux variations monétaires (les flux intra européens ou avec des monnaies stables / euro représentent 70% à 80% de nos marchés).

• Des entreprises plus compétitives, exportant plus dans leur propre monnaie.

• L’achat d’entreprises concurrentes facilité grâce à sa force, sa présence dans de nombreux pays et à son faible coût de financement.

• Un enrichissement à terme plus important même si les difficultés d’adaptation sont plus fortes (exemples allemand, néerlandais et suisse depuis 1950)

• L’avantage d’avoir l’euro comme monnaie de réserve (cela permet de moins emprunter dans une autre monnaie alors donnée en garantie)

• L’utilisation de l’euro (sa monnaie) dans le monde entier (progressivement).


V-i) Mais des difficultés :

• Les européens de l’Ouest, notamment les français, subissent la double mutation caractérisée par:

- L’arrivée des pays de la nouvelle Europe qui ont des salaires plus faibles (mais en forte croissance avec les pénuries de main d’oeuvre de plus en plus courantes).

- La concurrence exacerbée des pays émergents liée à la mondialisation, le développement économique accéléré touchant tous les continents, y compris l’Afrique. Le décollage économique de ces pays rend leurs économies beaucoup plus performantes. Cela se traduit notamment à travers la vigueur de leurs devises, vigueur qui modère partiellement leur concurrence.

. Par ailleurs, ces européens subissent des déséquilibres démographiques: le nombre de retraités augmente plus vite que le nombre de travailleurs. Ce qui entraîne mécaniquement une baisse des sommes disponibles pour les retraites. La stagnation ou la baisse des retraites n’est pas à imputer à l’euro.

• On peut se réjouir de voir des milliards d’êtres humains sortir progressivement de la pauvreté, mais cette concurrence nouvelle et ce déséquilibre donnent l’impression à beaucoup de citoyens européens que l’avenir de leurs enfants sera moins «rose» ou facile que le leur (spécialement pour les français qui sont parmi les plus pessimistes).

V-j) Les français mettent ces difficultés sur le compte de l’euro :

Selon l’Insee (octobre 2007), on observe :

• Un pouvoir d’achat qui stagne: malgré une inflation au plus bas (1,2%), le pouvoir d’achat n’a progressé que de 2,0% ces cinq dernières années (dont 2005: 1,7%, 2006: 2,3% et 2007: 2,8%), après avoir crû de 3,4% de 1998 à 2002.

Il est rappelé qu’à moyen terme la variation du pouvoir d’achat suit la croissance économique qui a été faible de 2002 à 2005.

• Le poids des revenus d’activité, salaires en tête, a baissé, passant de 77% à la fin des années 1970 à 70% depuis les années 1990.

• Une inégalité en forte croissance: la proportion de salariés rémunérés au SMIC est passée de 8,6% en 1991 à 15,1% en 2006 (record). Au total, 37,8% des salariés de tout type perçoit moins de 1,3 SMIC.
Parallèlement, les 3 500 foyers les plus riches ont vu leur revenu réel progresser de 42,6% depuis 8 ans (salaires, revenus de capitaux et plus-values boursières).

Est-ce la «faute à l’euro»?


V-k) Difficultés en France: les prix, le résultat des entreprises

- L’inflation est historiquement basse depuis 10 ans (moins de 15%), mais les abus de certains ont laissé une mauvaise image. Les prix des produits les plus utilisés (café, pain, nourriture) ont parfois beaucoup monté.

• Des prix qui montent (source Insee, Le Monde):
- Fioul domestique: + 126,3 %
- Tabac: + 89,9 %
- Carburants: + 52,4 %
- Pain et céréales: + 16,6 %

• Et aussi des prix qui baissent:
- Micro-ordinateurs: - 82,5 %
- Appareils photo: - 64,8 %
- Jouets et jeux: - 12,0 %

Le «ressenti» de cette variation de prix a été largement plus fort que la réalité.

- Par ailleurs, du fait de politiques peu appropriées, le résultat des entreprises (profits après impôts et intérêts en % du PIB) qui était de l’ordre de 8% jusqu’en 2003,
. a baissé en France au taux de 5% début 2007,
. a augmenté en Allemagne à 10%. (sources : BNP Paribas, NATEXIS)
On ne peut y voir qu’une mauvaise adaptation française aux réalités économiques.


VI-a) Des idées fausses :

• La détérioration du commerce extérieur français n’est pas due à la force de l’euro: elle provient des exportations vers l’Europe (étude RBS publiée en octobre 2007).

• L’importance actuelle de la zone dollar est trop souvent exagérée par rapport à la réalité de 2007 (pour des raisons historiques); il est cependant indéniable que le dollar reste encore la principale devise pivot du marché de change international. Pour combien de temps, vu son instabilité?
Par ailleurs, le renforcement des économies des pays émergents leur permet de créer un meilleur climat de confiance pour leur propre monnaie. On assiste donc à une « dédollarisation » dans de nombreux pays, parallèlement à une « renationalisation » des monnaies :
- en Europe (Pologne par exemple), en Méditerranée (Israël et Turquie) et Afrique, où la dédollarisation est remplacée en partie par une « euroïsation »,
- en Amérique Latine et en Asie, notamment.

• La Banque Mondiale a levé mi 2007 un fonds de 3,5 Md€ pour permettre la création et le développement de marchés financiers locaux dans les pays émergents (afin de donner plus possibilités de placer et d’emprunter dans les devises locales et à plus long terme).

• La hausse des matières premières: l’effet d’optique est amplifié par la baisse du dollar, devise de cotation (l’OPEP tient compte du cours du dollar).

• Surévaluation de l’euro? Il s’agit plutôt d’une sous-évaluation du $, du Yen et du Yuan que d’une surévaluation de l’euro (selon J. Delors et l’Eurogroupe en octobre 2007).

• Dollar US très faible? Oui, mais il a été plus faible dans les années 1970: Record à 1$ = 3,79FF, soit 1€ = 1,73$ (déficits et financement de la guerre du Vietnam, aujourd’hui c’est le financement de la guerre en Irak qui est problématique avec les déficits extérieurs et la crise immobilière)


VI-b) Des idées fausses :

• Un artifice trompeur: afficher une croissance plus forte grâce à une monnaie dévaluée, par exemple depuis 15 ans:

zone A ($) zone B (€)

-Croissance du PIB: + 53% + 39%
-Variation de la valeur de la devise: - 20% 0%

Croissance réelle du PIB: + 33% + 39%

Le (soi-disant) dynamisme des Etats-Unis, cité en exemple régulièrement dans les médias, n’est en partie qu’une illusion. A moyen terme, la variation du pouvoir d’achat réelle suit la croissance du PIB réelle (en économie ouverte: les prix sont mondiaux).

- La seule dévaluation depuis 50 ans du Franc CFA qui a eu lieu en 1994 a été un échec. En conséquence, les gouverneurs des banques centrales de la zone (UEMOA et CEMAC en Afrique de l’Ouest et centrale) et de la Banque de France se sont toujours refusés jusqu’à ce jour à recommencer, malgré les difficultés. Les pays comme la Guinée qui n’ont pas adhéré à la zone de stabilité s’en sortent moins bien. La confiance y est moins présente et par exemple les prêts accordés par les organismes de microcrédit y sont plus faibles.

• Le dynamisme économique réel est plus à l’Est de l’Europe et en Asie qu’à l’Ouest.

• Un effet trompeur des agences de presse internationales: quand elles diffusent des données économiques sur la Chine, la Russie, le Brésil, etc., les chiffres sont exprimés en dollars, bien que la devise de ces pays soit plus stable par rapport à l’euro.


VI-c) Des suggestions et une erreur de communication

• Deux suggestions pour augmenter le rôle de l’euro:

- Cotation de l’ensemble des matières premières et autres produits d’échanges mondiaux en euros. La Commission européenne devrait favoriser l’installation de ce type de bourse opérant en euros.

- A l’instar du dollar, l’euro devrait être aussi la monnaie des organismes internationaux où l’UE-27 est influente (ONU, OCDE) ou actionnaire majoritaire (FMI: 32% - Banque Mondiale: 28% du capital).

- Par ailleurs, à quand un atlas économique mondial en euros?
Eurostat devrait améliorer sa communication sur les agrégats économiques et financiers de l’UE et publier les données d’un tel atlas.


• Une grave erreur de communication:

Coter l’euro dans les autres monnaies (1€= 1,43$) et non coter les monnaies étrangères en euros (1$ = 0,70 €), cette 2ème alternative aurait été préférable.

L’euro peut ainsi apparaître instable aux citoyens européens (surtout les français et les italiens: certains de leurs hommes politiques qui ont tendance à mettre en avant cette soi-disant instabilité, tombent dans cette erreur ou l’exploitent).



CONCLUSION :

• L’Europe monétaire se réunifie selon le modèle germanique (Allemagne, Pays-Bas, Suisse) qui a réussi pendant 40 ans : une croissance modérée avec une devise « forte » et avec une inflation faible.

• L’avènement de l’euro entraîne de forts changements d’habitudes et de traditions économiques et culturelles: les avantages sont longs à venir et à porter leurs fruits. Ils doivent cependant être favorisés par la stabilité de l’euro qui a besoin d’un climat de confiance.

L’euro une monnaie encore assez jeune; c’est une réussite qu’il faut transformer sur le long terme.

• Il n’est donc pas inutile de défendre notre monnaie commune.

Olivier Barthalon
octobre 2007

Ecrire un commentaire