03 décembre 2007

L’€URO: un ATOUT et une FORCE pour la FRANCE et l'EUROPE malgré les DIFFICULTES

Chers amis,
Je vous recommande de lire attentivement la contribution ci-jointe d'Olivier Barthalon. Il prend le temps de nous expliquer l'EURO et nous immunise contre les attaques démagogiques en règle de certains de nos politiques (et pas des moindres... ).
Valérie Sachs

"L’euro une monnaie encore assez jeune; c’est une réussite qu’il faut transformer sur le long terme."

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28 mars 2007

L'UE, première économie mondiale ?

UNE CROISSANCE ORIGINALE ET UNE MONNAIE STABLE, CELA VA-T-IL DURER ?



L’intégration de plus en plus poussée des pays européens dans une Union Européenne (UE) regroupant bientôt 30 à 35 pays, une monnaie commune et une harmonisation en constante progression, devrait permettre l’émergence d’une « Europe Puissance », avec une économie performante. C’est possible lorsque le Traité d’organisation sera approuvé.

D’ores et déjà, en 2007, l’UE à 27 réalise le PIB le plus important (11.900 milliards d’euros contre 10.400 Mds€ pour les Etats-Unis soit 14% de plus selon les données prévisionnelles). La force de sa monnaie ces dernières années lui a permis d’acquérir un poids économique très important malgré une croissance parfois faible et une conjoncture économique décalée. Ce développement se réalise à l’instar de l’Allemagne et de la Suisse qui, depuis 40 ans, ont régulièrement connu une croissance plus faible (et plus équilibrée que celle de la France) mais ont acquis une plus grande puissance économique avec à une monnaie régulièrement stable ou réévaluée. Cette puissance économique doit aussi se traduire en puissance politique, nécessaire pour défendre ses intérêts propres.

L’Union Européenne profite de pays proches qui connaissent un véritable décollage économique : l’Europe de l’Est et les pays méditerranéens. Il est vrai qu’elle en a été aussi pénalisée jusqu’à maintenant comme le montre le coût de la réunification allemande. Elle en profite largement dans le cadre des politiques volontaristes de développement de la zone euro-méditerranéenne (processus de Barcelone). Ainsi, soit les pays européens sont intégrés dans l’UE, soit ils sont associés à l’UE dans le cadre de partenariats privilégiés. Sont concernés dans ce pôle de développement régional environ 1.140 millions d’habitants dont 120 à 150 sont francophones ou pratiquent un peu le français (en 2007).

Il est précisé que la hausse du PIB de l’Europe de l’Est (les 10 nouveaux membres de l’U.E. + les 7 pays des Balkans destinés à y être intégrés + les membres de la CEI russophone) de 1997 à 2005 a été équivalente à celui de la Chine. Avec la poussée démographique, les Pays méditerranéens du Sud et de l’Est vont aussi connaître une forte croissance pourvu qu’ils sachent s’organiser.

Statistiques : PIB et variations des PIB estimés de 1997 à 2005 montrant l’importance économique de l’environnement de l’UE et son dynamisme:
- Europe de l’Est: de 842 à 1.468 Mds€ (soit +626 Mds€, +74%, 407 M. d’habitants) ;
- dont Europe Centre-Est: de 352 à 697 Mds€ (soit +345 Mds€ , +98 %, 130 M.d’hab.);
- Chine : de 789 à 1.546 Mds€ (soit +757 Mds€, +96%, 1.300 M. d’habitants) ;
- Pays méditerranéens Sud et Est: de 627 à 905 Mds€ , soit +44% (310 M. d’habitants).

Sources : ATLASOBS - FMI - Banque Mondiale – OCDE - L’Expansion – Eurostat (europa.eu.int) – ATLAS d’une nouvelle Europe (éd. Autrement): Chiffres convertis en euros au cours moyen des années civiles car les autres monnaies européennes sont désormais relativement stables par rapport à l’euro.


L’EURO S’IMPOSE PROGRESSIVEMENT :

Créé en 1998, (en juin 1998, les parités ont été quasiment fixées) et opérationnel depuis le 1er janvier 1999 puis complété par la circulation fiduciaire à partir du 1er janvier 2002, l’euro s’impose progressivement comme monnaie stable au niveau mondiale et monnaie unique de référence non seulement en Europe, mais également en partie en Afrique. Près de 7 ans après sa création, c’est un succès inespéré. L’euro, comme toute monnaie symbole d’unité et de puissance, est un réel facteur d’harmonisation et d’intégration de l’UE.

On constate en effet une relative stabilité des monnaies mondiales par rapport à l’euro :

- Une utilisation de plus en plus importante de l’euro comme monnaie de référence pour les réserves des banques centrales. Celles des pays qui ont des réserves importantes n’augmentent plus leurs réserves en dollar US ; elles utilisent en priorité les autres monnaies comme monnaie de réserve, c'est-à-dire en premier lieu l’euro, mais aussi la £ivre sterling, le Yen, et d’autres monnaies stables. Aussi bien dans la croissance de leurs réserves que dans les transactions, l’euro prend régulièrement une place plus importante (Chine, Russie, Inde, Corée, Japon, Brésil). Parallèlement au commerce régional se développe une certaine stabilité monétaire intérieure dans les grandes zones économiques mondiales, faisant encore diminuer le rôle du dollar US. Ainsi, la part dans les monnaies de réserves du dollar US (64%) et de l’euro (20%) fin 2003 devrait continuer de se rééquilibrer, parallèlement à l’utilisation d’autres monnaies de réserves et d’échanges.

- En effet, on relève depuis 3 ans une relative stabilité de la plupart des monnaies des pays développés hors d’Europe, à l’exception du dollar US. La corrélation de l’euro (EUR) est forte avec les dollars canadien (CAD), australien (AUD) et néo-zélandais (NZD), mais aussi avec le Yen japonais, le Won coréen ; même le Real brésilien ou le Peso chilien (et un peu la Roupie indienne) ont suivi le niveau de l’euro depuis fin 2002 !

En Europe, cette stabilité a beaucoup d’avantages :

- A l’intérieur de la zone euro, qui réunit près de 310 millions d’habitants à haut niveau de revenus, les taux d’inflation et les taux d’intérêts se rapprochent et permettent une meilleure harmonie. Les pays qui sont entrés dans la zone à un niveau élevé de leur devise (Allemagne, Pays-Bas) ont une inflation depuis 6 ans inférieure à la moyenne, contrairement à ceux qui y sont à un niveau faible (Italie, Espagne, Grèce). Les différences de niveaux des prix à l’intérieur de la zone euro ont donc tendance à s’estomper progressivement, avec l’existence du grand marché intérieur. De plus, les différentiels de taux d’intérêts à moyen et long terme entre les douze ont fortement diminués. Ceci s’observe aussi dans les autres pays européens.

- Les taux de change des monnaies des autres pays ouest-européens (membres ou non de l’UE) se sont progressivement stabilisés vis-à-vis de l’euro. Ainsi, on observe :
. La £ivre sterling s’est stabilisée aux environs de 1 € = 0,685 £, soit la moyenne des cours des 3 dernières années.
. Il en est de même du franc suisse aux environs de 1 € = 1,55 CHF.
Cette même stabilité se retrouve pour les couronnes danoise, suédoise (malgré l’échec du referendum sur l’euro) et même norvégienne malgré quelques variations temporaires.

- Les pays du Centre-Est et de l’Est européen participent aussi à cette stabilité, influencés par le fait que plus de 70% de leur commerce extérieur est réalisé avec la zone euro (ou avec des pays dont la monnaie est liée avec l’euro) :
. Les 10 pays nouveaux membres de l’UE bénéficient d’un mouvement acheteur de leurs monnaies et voient même celles-ci se réévaluer par rapport à l’euro. C’est la conséquence d’une bonne croissance économique mais aussi de taux d’intérêts plus élevés dont le différentiel tend à s’estomper. Trois pays (Slovénie, Estonie, Lituanie) sont déjà membres du mécanisme de change européen « bis » (MCE II) depuis le 27 juin 2004, ce qui leur permettrait de rejoindre l’UEM (euro) dès 2007. Trois autres pays l’ont rejoint le 29 avril 2005 (Lettonie, Malte et Chypre) et se sont engagés à rejoindre la zone euro début 2008. Du fait des différentiels de niveaux de vie (PIB / habitant) et de déficits publics importants la Slovaquie s’est engagée pour 2009 et la Tchéquie avec la Hongrie pour le 1er janvier 2010. Reste la Pologne qui devrait fixer une date dans les 3 ans. Les convergences sont néanmoins assez fortes pour que leurs engagements de rejoindre la zone euro lors de leur entrée dans l’UE se réalisent dans un avenir prévisible. D’ores et déjà, ils empruntent souvent en euro et les évaluations des privatisations sont souvent faites en euros. Même si cette stabilité a résisté à plusieurs chocs importants (hausse des hydrocarbures, baisse du dollar US), elle peut cependant être remise en cause.

. Dans les Balkans, le Lev bulgare est totalement stable depuis 1998, avec un lien fixe volontaire avec l’euro. Celui-ci est devenu la monnaie du Montenegro. Le Leu roumain est aujourd’hui au niveau moyen du 1er semestre 2003, une vague d’investissements récente l’ayant favorisé, en perspective de l’entrée en 2007 dans l’UE. La Kuna croate, grâce à un tourisme florissant et les autres monnaies balkaniques participent à cette stabilité. Tous les pays des Balkans devraient vraisemblablement à terme intégrer l’UE.

. Malgré la révolution orange, la Hryvnia ukrainienne n’a pas fortement décroché et a même repris depuis une partie de sa valeur. Le Rouble russe limite ses variations vis-à-vis de l’euro par des réserves qui laissent plus de place à l’euro et la banque centrale a choisi de donner une part plus importante à l’euro dans les transactions de change (part de l’euro passé de 0% à 35% de février à août 2005, puis 40% en décembre 2005 dans le panier de devises fixant la valeur du rouble). Ce qui est explicable car près de 70% du commerce russe est réalisé avec la zone euro ou avec des pays dont la monnaie est liée à l’euro. Malgré le poids des hydrocarbures, les variations du Rouble sont liées de plus en plus à l’euro. Il est même maintenant fortement utilisé dans les magasins de luxe de Moscou !
Pour l’ensemble de la CEI (ex URSS), les importations en provenance de la zone euro sont passées de 31,6% à 39,6% de 2001 à 2004.

. La livre turque s’est aussi stabilisée à environ 1 € = 1,7 / 1,6 TRY depuis fin 2002, ce qui représente un évènement remarquable pour une monnaie qui a souffert de l’hyperinflation récemment. Parallèlement aux fonds envoyés par les travailleurs émigrés, les liens commerciaux, le tourisme et la perspective d’un rapprochement avec l’UE ont joué fortement.

En dehors de l’Europe, la stabilité et le rôle de l’euro sont en amélioration :
- En Afrique, on rappelle cette stabilité, aussi bien au Nord (le Dirham marocain suit très fortement l’euro) que plus au Sud : le Franc CFA, fixe par rapport à l’euro, est la monnaie de 14 pays, mais la zone monétaire réunie une trentaine de pays dont la croissance du PIB a atteint 5% en 2004. La zone du franc CFA est unie à l’Europe par des liens particuliers nombreux : historiques, culturels, économiques.
- En Chine, le YUAN n’est plus lié au dollar US depuis juin 2005 mais à un panier de monnaie dont la composition est liée aux flux commerciaux du pays : vraisemblablement à hauteur de 35 à 40% pour l’USD, de 25% pour l’euro et 20% pour le YEN, les autres monnaies étant également pris en compte.
- Dans les pays du Golf persique, la part du dollar dans les réserves de change aurait fondu de 75% à 61,5% entre septembre 2001 et septembre 2005, les dépôts en euros ayant bondi de 12% à 20%. Les six pays producteurs de pétrole qui envisagent de créer une monnaie commune pourraient décider de ne pas arrimer cette monnaie au dollar, mais à l’euro ou à un panier de monnaie. Les importations des pays membres de l’OPEP proviennent pour 27,1% de la zone euro en 2004 (contre 24,8% en 2001) contre 8% pour les Etats-Unis.
- Le Venezuela a annoncé également en octobre 2005 sa volonté de diversifier ses réserves de change en remplaçant une partie de ses réserves en dollars US par des euros ou des Yens.


Le premier rang sur le marché de la dette :

- Une étude publiée en février 2005 par BNP Paribas confirme le succès de l’euro sur les marchés financiers mondiaux. Pour les émissions nettes de titres internationaux, la part de l’euro atteint en 2004 près de 60% contre 24% pour le dollar US. La part de l’euro est de 29% en Amérique du Nord et 41% dans le reste du monde. En conséquence, les encours en euros de titres internationaux atteint 45% fin 2004 contre 39% pour le dollar US. Sur le marché primaire des obligations privées, la part de l’euro s’est encore accru au premier trimestre 2005 et celle du dollar US n’est plus que de 56% (contre 62% un an avant et 71% trois ans auparavant).
- De mi-avril à mi-août 2005, les taux d’intérêts à 10 ans y sont plus bas de 90 à 110 centimes en euros qu’en dollars US, ce différentiel de taux atteint même de 153 à 205 centimes sur les échéances à 1 an et 126 à 156 centimes à 2 ans (avec les taux français). C’était l’inverse il y a un an, et excepté pour les pays de la zone Deutschemark, c’est rarement arrivé depuis un siècle. Cette stimulation monétaire européenne, avec un taux de base faible à 2% contre 3,5% aux Etats-Unis, est historiquement forte et attendue pendant longtemps ; elle ne peut que favoriser la croissance économique.

Cependant, le rôle du dollar US dans les transactions de change mondiales est encore le double de celui de l’euro.

Si cette grande stabilité monétaire européenne reste à confirmer (un accident de change peut arriver rapidement comme le montre l’histoire de l’Europe monétaire), elle atteint des niveaux largement supérieurs à ceux qui étaient prévus ou attendus. Ainsi, le taux de change de l’euro vis-à-vis des monnaies des 25 pays avec qui la zone commerce le plus atteint l’indice 102, sur une base à long terme de 100 au 1er trimestre 1999, et ce malgré la forte baisse du dollar US (-33% mesuré en euros début 2005 mais plus faible actuellement).

Conséquences :
On peut en déduire que les craintes sur les conséquences concernant la baisse du dollar US sont largement exagérées, même si certaines entreprises mal placées sont particulièrement touchées. Elles doivent donc limiter leur positions en dollar US par des couvertures appropriées et équilibrer leurs achats et ventes dans cette devise. Les européens doivent appliquer le principe « vendons le plus possible en euros pour limiter nos risques de change » comme actuellement 60% du commerce extérieur de la zone. Ce pourcentage devrait donc encore croître à l’avenir.

En effet, toute transaction à l’intérieur de la zone euro, ou même à l’intérieur de la zone euro-méditerranéenne, devient plus sécurisée en euros. De plus, outre que tous les pays membres de l’UE devraient à terme adopter l’euro, la zone euro-méditerranéenne devrait de plus en plus l’utiliser, représentant un marché de 1,1 milliard d’habitants.
La Turquie et l’Afrique du Nord, mais aussi l’extrême Est européen ont et vont réaliser une grande part de leur commerce extérieur avec l’Europe, leurs travailleurs émigrés envoient des fonds en euros dans leurs pays d’origine et le tourisme des européens s’y développe fortement. La politique de partenariat de l’UE avec ses voisins directs favorise non seulement les droits de l’homme, la démocratie mais aussi le commerce et l’utilisation de l’euro.

Mais, l’Europe n’achète pas encore son pétrole et son gaz en euro et les matières premières sont encore souvent cotées en dollars US. Cela va-t-il durer ? Il est d’ores et déjà démontré que leurs prix fixés en dollars US tiennent compte aussi de son évolution vis-à-vis du yen et de l’euro.

Par ailleurs, les euros détenus par les non-résidents atteignaient, en 2004, 10% de la masse monétaire. Ce pourcentage est probablement en augmentation à ce jour. Rappelons que pour le dollar, ce taux atteignait 100%, mais l’utilisation de cette devise a fortement diminué en Europe depuis 5 ans, avec l’introduction des billets en euros. Certains ne veulent pas de ce rôle extérieur rendant plus difficile la maîtrise de la masse monétaire.

Enfin, vu l’instabilité du dollar US (variations historiques supérieures à +/-30% sur une longue période), il devient de plus en plus peu significatif, voir parfois ridicule, de publier des statistiques sur l’Europe et ses pays environnants dans une autre monnaie que l’euro, notamment pour les évolutions historiques.

On peut également constater que le privilège exorbitant du dollar US comme unique monnaie de réserve et de transaction internationale s’estompe progressivement pour être remplacé, à l’instar de la zone euro et son environnement, par des zones monétaires stables dans les grandes régions économiques mondiales, où le commerce intra-régional se développe fortement.

En synthèse, reprenons l’étude de BNP Paribas qui conclut : « de nombreuses banques centrales ont exprimé (discrètement pour éviter les effets néfastes) leur souhait de continuer à rééquilibrer leurs réserves en faveur de l’euro. En outre, le rôle de celui-ci comme facteur de stabilité du Système Monétaire International a progressé, puisque 51 pays voisins de la zone euro ont déjà adopté l’euro comme monnaie de référence pour leurs régimes de change, 30 d’entre eux l’ayant même retenu comme référence unique ».
On peut rappeler que l’euro est actuellement la monnaie de 12 pays et il devrait être à terme celle des 27 futurs membres de l’UE. Si on ajoute les 14 pays qui ont pour monnaie le franc CFA fixe par rapport à l’euro, on obtient 41 pays. D’autres pays de l’ouest européen (Suisse, Norvège et Islande) et des Balkans devraient rejoindre à terme l’UE qui pourrait réunir ainsi 35 pays.

Une opportunité à utiliser :

Cette stabilité monétaire a été acquise grâce à la politique de rigueur de la BCE et au pacte de stabilité. Cependant, il serait nécessaire que ceci aide l’Europe à se développer : parallèlement aux réformes de structures indispensables, cette réussite doit être utilisée, notamment avec des taux d’intérêt bas, pour favoriser la résorption du chômage qui atteint des niveaux trop élevés dans de nombreux pays européens. L’euro a permis de faire disparaître une partie de la contrainte monétaire extérieure. Profitons-en ! Mais avec prudence ! Notons enfin que, quand l’Europe est unie, comme avec l’euro, elle s’impose !

UNE PUISSANCE ECONOMIQUE BIEN RELLE :

Quelques observations rapides accompagnant les statistiques en annexes 3 concernant l’UE-25:

- L’UE à 25 réunit 460 millions d’habitants, bientôt 490 avec la Roumanie et la Bulgarie. Si elle réussit à réunir toute l’Europe hors l’Est (Turquie et CEI russe incluant l’Ukraine), elle comprendra 530 millions d’habitants dans 35 pays.

- Un PIB de 10.800 Mds€ représentant plus de 32% du PIB mondial et dépassant aujourd’hui celui des Etats-Unis de 8%.

- Un développement du PIB voisin de celui des Etats-Unis de 1997 à 2003 : 2 années où le taux de change €/$ a été proche de la parité de pouvoir d’achat – PPA estimée à 1€=1,13$. Mais le PIB des Etats-Unis décroche par rapport à celui de l’UE en 2004 et 2005 avec la politique de dévaluation compétitive du dollar US. Les données en euros sont les suivantes (calculées aux cours de change moyens annuels en milliards d’euros):

Années : 1997 2000 2003 2005
UE-25 : 7.599 8.749 9.743 10.800
Etats-Unis : 7.399 10.821 9.620 10.000
Cours moyens
€ en $ : 1,1237 0,9194 1,1312 1,244

Pour des PIB voisins lorsque les calculs se font proches de la PPA, on observe le fort effet des variations de change. On peut alors poser la question : « Les Etats-Unis pourront-ils rattraper l’EU-25 qui va encore s’élargir ? ». Ce pays surendetté dont les dévaluations peinent à redresser la balance courante (déficits actuels au rythme annuel de -750 Mds$ contre un excédent de +42 Mds€ pour la zone euro) va-t-il pouvoir garder son rang ? On peut, sur ces données et les politiques appliquées, se poser la question, malgré tous les atouts dont ils profitent. Dernière remarque : les statistiques publiées ces dernières années avaient pour référence les années 2000 à 2002 où le dollar US était surévalué : beaucoup de statistiques sur cette période ont donc été très favorables aux Etats-Unis.

- L’UE-25 détient la première place et de loin dans le commerce mondial (plus de 42% des flux internationaux). Le montant de ses exportations dépassent de 50% celles des Etats-Unis (1.200 contre 800) ; trois exemples frappants :
. l’Allemagne seule est le premier exportateur mondial devant les Etats-Unis, ce qui montre le rôle dominant de l’UE-25,
. les Pays-Bas exportent plus de services que la Chine entière !
. le Brésil exporte plus vers l’UE que vers les Etats-Unis.

- Contrepartie de son importance commerciale, l’économie de l’UE est globalement la plus ouverte au monde (hors certains secteurs), ce qui démontre objectivement sa performance réelle.

- Une immigration de l’UE 15 plus forte de 10% à 40% que celle de l’Amérique du Nord de 1992 à 2000 (selon l’OCDE cité dans l’ « ATLAS d’une nouvelle Europe » - Editions Autrement).

- Les grandes entreprises européennes sont désormais dominantes. Selon le « Grand Atlas des entreprises » publié en novembre 2004 par Les Echos (propriété du journal anglophone Financial Times), parmi les 100 premières entreprises mondiales pour le chiffre d’affaires 2003, 46 sont d’origine de l’UE et 34 des Etats-Unis (calculs au cours de change 1€ = 1,263$, soit peu loin de la valeur moyenne du dollar en 2004 : 1€ = 1,2439$). La hausse de l’euro va amplifier cette domination en 2004 et 2005.
Si l’on prend le classement de FORBES 2000 (avril 2005) sur les entreprises cotées les plus performantes (synthèse des ventes, profits, actifs détenus et valeurs de marché), les européens (avec la Suisse) placent 42 entreprises contre 38 pour les Etats-Unis et ce malgré la faible croissance en Europe en 2004. La même année, les entreprises cotées au CAC 40 ont accrus leurs bénéfices nets cumulés de 64%, pour atteindre 57,2 Mds€, malgré une conjoncture moyenne ; il est prévu pour 2005 un total de 75,5 Mds€ (+32%). Dans l’UE, cette croissance des bénéfices devrait atteindre 30% (estimation).
Les dividendes versés atteignent parallèlement des records (22 Mds€ pour le CAC 40 versés en 2005) dont une grande partie (70% à 80%) sont versés directement ou indirectement aux résidents de l’UE (la part des Etats-Unis ne dépasse guère 20%, le reste estimé à 5% à 10% étant versé aux résidents des autres pays).

- Les entreprises européennes s’européanisent très rapidement : toutes les grandes entreprises y ont maintenant une stratégie de développement européen. Beaucoup d’entre elles profitent des « nouveaux territoires » est-européens comme zone de développement accéléré

- Outre l’importance majeure du marché obligataire, les marchés des actions européens atteignent environ 10.000 Md€ (15.000 Md€ pour les Etats-Unis). Ils sont actuellement plus performants car favorisés par un PER plus faible ; ceux de l’Europe de l’Est ont connu des performances remarquables en 2004 : jusqu’à 100% de hausse.

- Les taux d’épargne sont assez élevés : ils permettent à la fois de financer les investissements internes (assez faibles) mais aussi externes (d’un niveau très élevé).

- Pour la richesse cumulée des résidents fortunés en titres dépassants 1 million $, l’Europe est également au premier rang depuis 2 ans, après avoir été au 2ème rang en 2001 (étude Cap Gemini).

- Les dépenses militaires modérées évitent certains gâchis économiques, mais son niveau relativement faible ne peut pas stimuler beaucoup la recherche et le développement.

- Une harmonisation en grand progrès, notamment à l’ouest (l’Irlande, la Grèce, l’Espagne et le Portugal ont rattrapé inégalement une grande partie de leurs retards), mais qui reste encore le principal soucis pour l’intégration des nouveaux membres. Prendra-t-elle encore une quinzaine d’années pour atteindre un niveau souhaitable ? Les pays de l’Est et des Balkans supporteront encore longtemps les retards dus au communisme.

- Cette harmonisation économique a été favorisée par les politiques de développement régionales qui ont aidé les régions les moins avancées à rattraper leur retard depuis 15 ans. Au moment où l’UE élargie s’apprête à établir le budget des 5 années futures, la répartition des aides régionales font l’objet d’un débat important entre les membres.

- Les échanges culturels, en plein développement (notamment succès du programme ERASMUS), donnent une plus grande ouverture d’esprit aux européens, le barrage de la langue étant un obstacle surmontable. Les grandes entreprises vont de plus en plus profiter des cadres qui auront acquis une culture pluri-européenne.

- On peut aussi noter le nombre important des étudiants de nationalité non européenne qui viennent faire leurs études en Europe : ils favorisent le développement ultérieur des échanges avec leurs pays d’origine.

- Les politiques de développement durable vont non seulement améliorer le cadre de vie des citoyens, mais leur rentabilité économique à long terme est prouvée.

- Les politiques d’économies d’énergie suivies depuis de longues années et renforcées récemment permettent une moindre dépendance. De 1975 à 2005, le taux de dépendance énergétique européen est passé de 60% à 40% (de 70% à 35% pour la France). Les énergies alternatives, comme les énergies éolienne et nucléaire, permettent aux européens d’être moins sensibles à la hausse du prix des hydrocarbures qui atteignent en 2005 des sommets historiques.

- Des textes rigoureux mais aussi le développement systématique des politiques volontaristes et une exigence forte pour les nouveaux membres ont permis une réelle baisse de la corruption et de la criminalité. Celle-ci gangrène une grande partie de l’Europe de l’Est, mais l’UE a exigé une forte baisse de son niveau avant toute intégration (cas de la Roumanie). Ainsi, l’élargissement de l’UE nous a évité de supporter à nos frontières des pays à très forte criminalité et pratiquant des dévaluations sauvages. C’est également le cas avec les politiques de partenariat pratiquées avec les voisins de l’UE. Cependant, avec les politiques anti-blanchiment, cela doit être un souci permanent des autorités européennes. Par ailleurs, une plus grande transparence sans cesse favorisée permet d’améliorer le fonctionnement des marchés.

- Les dirigeants européens ont définies des politiques européennes de développement économiques générales qui doivent favoriser le progrès : c’est le processus de Lisbonne pour créer « l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde en 2010 ». Elles sont cependant parfois difficiles à mettre en œuvre et leurs applications prennent du retard.

- Parallèlement à un fort courant commercial avec tous les pays du monde, l’UE développe des politiques de coopération importantes avec les pays émergents. Son « image » ne s’est pas dégradée par des guerres mal acceptées. On ne peut qu’en tirer des bénéfices.


MAIS DE NOMBREUSES DIFFICULTES qui commencent à être corrigées :

Les faiblesses en France ont été soulignées par de nombreuses études, notamment par le rapport CAMDESSUS.

Au niveau européen, outre les six premiers points soulignés par M. Jacques de LAROSIERES récemment lors d’un comparatif avec les Etats-Unis, on peut noter rapidement :

- Dénatalité : pas ou peu de politique pour lutter contre cela
- Lourdeur des Etats et de la dépense publique (mais cela ne pénalise pas la performance économique en Scandinavie)
- Rigidités du marché du travail
- Faible utilisation des personnes âgées de plus de 50 ans
- « La productivité de l’Europe (par employé) comparée à celle des Etats-Unis et le taux d’emploi restent des sujets de préoccupation importants »
- L’innovation et la recherche et le développement, notamment universitaire, sont à améliorer nettement pour créer les emplois de demain

- Un PIB par habitant (UE15 : 25,7 K€, UE25 : 22,7 K€) encore bien inférieur à celui des Etats-Unis (32,5 K€), mais qui s’en est rapproché récemment
- Fort taux de chômage dans certains pays (d’autres ont trouvé des solutions soit libérales, soit originales – Scandinavie, mais toujours avec des règles souples favorisant le travail)
- Faibles orientations vers les filières professionnelles qui manquent de main d’œuvre
- Charges sociales élevées

- Forte concurrence à l’intérieur de l’UE, accrue par l’arrivée des pays du Centre-Est européen, mais cela devrait être bénéfique à terme
- Harmonisations encore à développer, notamment dans les services bancaires
- Cohésion interne
- Fiscalité commune

- Réformes structurelles insuffisantes
- Rigidité de la politique de la BCE
- Rigidité du pacte de stabilité
- Forts taux d’endettement de certains Etats

- Médiocre traité de NICE qui va entraîner des blocages dans le fonctionnement de l’UE s’il est maintenu, en cas de victoire du « NON » à la nouvelle constitution.
- Processus de décisions politiques lourd et long
- Absence d’un pouvoir central suffisamment fort.

Il faut cependant souligner les difficultés et le coût de la réunification de l’Europe qui va mettre encore 15 à 20 ans à se réaliser en profondeur, pour atteindre une harmonie interne souhaitable. Quand on sait que le coût de la réunification de l’Allemagne est de près de 100 Mds€ par an (cumul d’environ 1.400 Mds€ depuis 1990), on mesure l’effort que doivent fournir les européens du Centre-Est.

Les pays de l’Est européens subissent encore les effets des guerres de 1914 à 1945, puis de la guerre froide et du communisme. Pour les Balkans qui ont connu des guerres supplémentaires dans les années 1990, les cicatrices et les retards économiques sont encore plus grands. Mais ils se rattrapent ! Ils ont pratiquement doublé (+94%) leur PIB mesuré en euros de 1997 à 2005 et connaissent de rythmes de croissance très élevés (+4% à +8%, voir 10% parfois). Ils ont fait sur la période 1,5 fois la performance de la Chine, qui n’a accru son PIB mesuré en euros que de 65%. Ce dynamisme est une véritable chance pour la croissance de l’UE. Avec la Roumanie et la Bulgarie, ces 12 nouveaux pays de l’UE représentent pour les exportations allemandes un marché supérieur à celui des Etats-Unis (67 Mds€ contre 65). On peut regretter que la France et les entreprises françaises ne savent pas assez en profiter car elles sont trop frileuses vis-à-vis de ces pays.

Par ailleurs, parallèlement, les européens de l’ouest doivent subir mais aussi affronter les profondes transformations du marché du travail qu’exige la concurrence européenne mais aussi mondiale.


CONCLUSION :

L’économie de l’UE-25 qui va bientôt s’agrandir à 27, mais qui pourrait atteindre à terme 35 membres sans compter l’Ukraine, est et restera dans les 2 à 3 prochaines années la première économie mondiale.

L’ensemble euro-méditerranéen qui est la zone régionale qui entoure l’UE est aussi incontestablement la première zone économique mondiale, devant l’Amérique du Nord et l’Asie de l’Est qui est en pleine phase de décollage économique.

L’Europe retrouve ainsi un peu la place centrale qu’elle a perdue après les guerres du 20ème siècle.

Mais la concurrence mondiale avec le fait que des milliards d’homme aspirent aussi à un niveau de vie décent (et voient cette espérance atteignable aujourd’hui en Asie et en Amérique latine) demande à chaque citoyen européen un effort d’adaptation permanent indispensable.

Parallèlement, l’Europe doit sans cesse améliorer sa cohésion interne. La mise en place d’une véritable constitution de l’UE sera un atout supplémentaire. Elle organisera mieux les pouvoirs politiques, économiques et sociaux.

Elle lui permettra de retrouver un poids politique indispensable pour défendre ses intérêts : il devrait être de premier ordre.

Olivier BARTHALON